Congrès dpttal : Intervention Jacques ION

Bénévolat, engagement, militantisme… vus par Jacques ION

Jacques Ion est sociologue, directeur de recherches au CNRS, membre du Centre de recherches et d’études sociologiques appliquées de la Loire (Crésal).

Video de 34’ sur le thème de l’engagement : https://vimeo.com/142921458

L’engagement militant ne s’affaiblit pas. Il se dissémine et se transforme, en lien avec le processus d’autonomisation des individus.

L’hypothèse d’un déclin du militantisme repose sur deux idées fausses.

– La première est celle qui proclame la mort des idéologies alors même que les idéologies, façons pour les hommes de se représenter le monde social et leur avenir, sont évidemment toujours présentes même si elles changent de contenu.

– La seconde est celle qui se lamente sur la montée des égoïsmes. C’est une vieille complainte, récurrente depuis près de deux siècles et qui revient à confondre deux choses : le processus d’individuation, qui fait que nous sommes de moins en moins liés à des structures collectives héritées (famille, métier, quartier…) et le sentiment d’appartenance à une collectivité. Si nous sommes des individus de plus en plus autonomes, nous avons de plus en plus besoin de liens avec les autres, c’est le paradoxe qui préside aux engagements actuels (Défense de l’Environnement, Actions humanitaires, Luttes contre d’exclusion).

Plusieurs traits peuvent caractériser l’engagement contemporain ; très schématiquement, on peut les résumer en deux points :
– La réticence envers des adhésions de longue durée que l’on peut illustrer à travers deux images : le post-it qui se déplace facilement, plutôt que le timbre sur la carte qui « adhère » ; autrement dit, l’engagement se définit moins par l’affiliation « au nom de… » que dans l’action elle-même inspirée par son expérience ; on veut être efficace, ce qui n’exclut pas le plaisir que l’on peut éprouver à donner, partager avec les autres et qui aboutit à une forme de reconnaissance.
– La réticence à déléguer sa parole. Et donc le souci de parler en son nom propre. Concrètement, les collectifs fortement structurés (et notamment les organisations fédérées) constituent de moins en moins le cadre obligé des engagements, davantage réunis sur la base de réseaux horizontaux d’individus (référence aux pairs : copains, collègues… et non plus au père, dans le cadre de relations verticales). Quand on abandonnait sa personnalité (cf Alcooliques anonymes), aujourd’hui on milite en son propre nom (cf AIDES).

Les travaux de Jacques ION l’amènent à remettre en question l’idée de la “fin du militantisme”. Pour lui, ce qui a changé, c’est l’abandon d’un ancien modèle militant : masculin, de longue durée, à visée de transformation sociale. De ses observations, dans lesquelles il cherche à voir comment nous sommes liés les uns aux autres, et non plus pourquoi, il conclut qu’on ne s’engage pas moins aujourd’hui qu’hier, que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les mouvements associatifs (plus de 65% aujourd’hui, 20% à peine dans les années 70. Témoins en sont les horaires et la durée des réunions…), que de multiples façons de s’engager coexistent. C’est là le reflet de l’évolution du monde actuel : les mobilités professionnelles, géographiques, familiales… remettent en cause les appartenances liées aux statuts ; preuve en est la loi du 13 juillet 65 (pas 1865… 1965 !!!) qui reconnait aux femmes mariées le droit d’ouvrir un compte sans l’autorisation de leur mari ; les singularités personnelles peuvent se développer, les relations sont plus horizontales que verticales. Les engagements sont la conséquence d’implications dans des expériences et des épreuves. Si elles apparaissent moins “politiques”, c’est parce que la politique est trop souvent vue comme une question de pouvoirs, d’élections et non pas – comme la démocratie le supposerait – l’expression des contradictions qui existent dans le monde social.